L’attraction du catholicisme chez les jeunes Occidentaux: mode ou tendance durable?
Par Edouard Husson 4 juin 2025
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C’est une tendance qui intrigue les sociologues: en France, en Angleterre, aux Etats-Unis, même en Allemagne, le nombre de baptêmes augmente chez les jeunes adultes – et même un peu au-delà. Ce n’est qu’un frémissement diront certains, blasés. Mais lorsque l’on s’interroge sur les facteurs profonds déjà discernables on voit des motifs qui sont loin d’être anecdotiques. Nous poursuivons la réflexion amorcée il y a quelques semaines par Solène Tadié dans un entretien qu’elle avait accordé au Courrier des Stratèges. Une analyse approfondie du cas américain nous plonge dans un phénomène de société paradoxal.
Le constat a été fait pour la France: on a assisté en 2025 à une augmentation du nombre de baptêmes chez les (jeunes) adultes.
Ainsi, en 2025, plus de 10 000 adultes vont être baptisés à Pâques, et 7 400 adolescents (11-17 ans). Au total, c’est plus de 17 800 catéchumènes qui seront baptisés en France au cours de l’année 2025. C’est une hausse de 45% par rapport à 2024 pour les adultes. La CEF relève que « ces résultats, dépassant encore les chiffres record collectés l’an dernier, sont les plus élevés jamais enregistrés depuis la création de cette enquête par la CEF il y a plus de vingt ans. »
La CEF note également qu’une part majoritaire des catéchumènes sont des jeunes (15-25 ans). Une tendance déjà observée ces dernières années et qui se confirme en 2025 : chez les nouveaux baptisés adultes, la part des 18-25 ans représente aujourd’hui 42% des catéchumènes, et a dépassé la tranche des 26-40 ans, qui représentait jusqu’à présent le cœur de cible historique des catéchumènes adultes. Le nombre de catéchumènes adolescents a par ailleurs fortement augmenté, avec une hausse de 33% pour les diocèses dont les chiffres sont disponibles pour les années 2024 et 2025.
En Allemagne, il faut retrancher un ou deux zéros mais les observateurs notent néanmoins une petite poussée:
À Pâques 2025, plus de 400 adultes devraient être baptisés en Allemagne et rejoindre ainsi l’Église catholique. Selon un sondage de l’agence de presse catholique KNA, les évêchés allemands s’attendent à au moins 430 baptêmes d’adultes dans les prochains jours.
La plupart des baptêmes d’adultes devraient avoir lieu dans l’archidiocèse de Berlin : selon un porte-parole, on y attend 146 baptisés. En outre, 34 personnes d’autres confessions seront accueillies ou réintégreront l’Église catholique. Avec 52 candidats au baptême, le diocèse de Dresde-Meissen prévoit le deuxième plus grand nombre à l’échelle nationale, suivi du diocèse de Münster avec 41 baptêmes.
A la recherche d’explications
Un article paru dans The Free Press confirme le constat pour le mande anglo-américain:
Au début de l’année, The Pillar a fait état d’une forte augmentation du nombre de catholiques en devenir qui se sont inscrits pour rejoindre l’Église à Pâques. Le diocèse de Lansing, dans le Michigan, a signalé une hausse de 30 % par rapport à l’année précédente, avec 633 convertis, ce qui est le chiffre le plus élevé depuis plus de dix ans. Le père Ryan Kaup, du centre catholique de l’université du Nebraska-Lincoln, a baptisé à lui seul 20 étudiants – « le nombre le plus élevé que nous ayons jamais eu » – et a donné les rites d’initiation à 50 autres personnes issues d’autres confessions chrétiennes qui rejoignaient l’Église.
Et maintenant, bien sûr, nous avons un pape américain, Léon XIV,dont les dirigeants de l’Église espèrent qu’il stimulera l’essor du catholicisme dans le pays.
Les États-Unis ne sont pas les seuls concernés. Le boom catholique touche également la France, qui a enregistré une augmentation de 45 % du nombre de baptêmes d’adultes cette année, et l’Angleterre, où, en raison d’une hausse de la fréquentation des messes, les catholiques sont en voie de dépasser les anglicans pour la première fois depuis la naissance de l’Église d’Angleterre.
Pourquoi tant d’adultes dans un Occident autrefois sécularisé cherchent-ils à se faire baptiser dans l’Église catholique ? Je rapporte depuis un certain temps déjà la montée de la religiosité et j’ai entendu de nombreuses théories : les Américains modernes sont en manque de beauté, de sens, de but et de communauté. L’Église de Rome offre toutes ces choses, mais d’autres religions aussi. Alors pourquoi le catholicisme ?
Le Nouveau « génie du Christianisme
On se rappelle qu’au début du XIXème siècle l’écrivain français Chateaubriand avait frappé les esprits en insistant sur « la beauté du christianisme » – on sortait d’une décennie de persécutions religieuses par les révolutionnaires français, qui avaient culminé dans ce que Gracchus Baboeuf lui-même avait qualifié, dès l’époque, de populicide vendéen!
Eh bien, lisons The Free Press un peu plus de deux siècles plus tard, à propos des Etats-Unis:
« À une époque d’instabilité, les gens sont attirés par les traditions anciennes ; à une époque où tout est question de thérapie, les exigences strictes de la doctrine catholique ont quelque chose d’attrayant », m’a expliqué Dan Hitchens, ancien rédacteur en chef du Catholic Herald. « Le catholicisme possède également un héritage visuel et esthétique qui s’est bien traduit dans la culture en ligne. Les catholiques se sont révélés étonnamment doués pour utiliser Internet afin d’évangéliser. »
Pour en savoir plus, j’ai retrouvé quelques-uns des milliers d’adultes américains qui ont été baptisés à Pâques dernier et j’ai discuté avec ceux qui n’avaient pas été élevés dans la religion catholique afin de comprendre pourquoi cette religion les attirait. La plupart d’entre eux étaient âgés d’une vingtaine d’années, ce qui est logique : le boom catholique est particulièrement notable parmi la génération Z. Une étude réalisée en 2023 par l’université de Harvard a révélé que le pourcentage de membres de la génération Z se déclarant catholiques est passé de 15 % à 21 % entre 2022 et 2023.
« À une époque d’instabilité, les gens sont attirés par les traditions anciennes ; à une époque où la thérapie est à l’honneur, les exigences strictes de la doctrine catholique ont quelque chose d’attrayant », explique Dan Hitchens. (Nic Antaya pour The Free Press)
Comme tous les convertis, toutes les personnes à qui j’ai parlé avaient des raisons très personnelles de rejoindre l’Église catholique, mais elles étaient toutes d’accord sur un point : cette religion répondait mieux que toute autre à leur aspiration à la transcendance.
Jane, 22 ans, qui préfère être appelée par son deuxième prénom, a grandi dans le nord de la Virginie (puis en Arkansas) sans religion. Mais elle dit avoir « toujours aimé les éléments esthétiques du catholicisme ».
Les représentations de la religion dans les vieux films, comme la scène du baptême dans Le Parrain, l’avaient intriguée lorsqu’elle était enfant, puis, à l’adolescence, elle « aimait l’architecture et les vitraux » des vieilles églises, « ainsi que la richesse des détails et le symbolisme ».
À l’ère de l’efficacité et de la technologie, il est facile d’oublier que les êtres humains ont besoin de beauté et d’émerveillement. Le 14 mai, s’adressant aux dirigeants des Églises chrétiennes orientales, le nouveau pape a évoqué le « grand besoin de retrouver le sens du mystère » dans la messe catholique, qui engage « la personne humaine dans sa totalité […] et suscite un sentiment d’émerveillement ».
Pour de nombreux nouveaux catholiques, cela signifie les « odeurs et les cloches » du traditionalisme, qui permettent aux fidèles de ressentir la vérité supérieure de la religion à travers leurs sens, plutôt que de simplement la saisir sur le plan intellectuel. Pour Jane, une œuvre d’art saisissante ou un beau morceau de musique « montre à quel point Dieu est présent dans nos vies pour nous inspirer ».
Veillée pascale à l’église Saint-Joseph (Jeffrey Bruno pour The Free Press)


