Droit à mourir ou droit à tuer ?
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Désormais, en France, les « médecins » seront autorisés à tuer une personne sur la simple expression orale d’un désir de mourir. Mais l’expression du désir de mourir ne fait-elle pas partie de phases de la vie? Quand on dit : « je veux mourir », cela ne veut-il pas dire plutôt : « ne m’abandonne pas ?»
Le mardi 27 mai 2025, en France, l’Assemblée nationale a adopté la loi sur « l’euthanasie », malgré de multiples protestations dans la population.
Rappelons le serment d’Hippocrate :
« Je ne remettrai à personne du poison mortel (φάρμακον θανάσιμον : pharmakon thanasimon) si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion. »
La vocation de la médecine était, depuis le Ve siècle av. J.-C., d’aider à vivre et à alléger les souffrances pour aider à vivre, et non de les alléger pour aider à mourir.
Ce serment, qui a subi différents aménagements ces dernières années, posait les fondements moraux et déontologiques du soin : un médecin n’est pas un empoisonneur. Un médecin est là pour remettre de toutes ses forces le patient dans la voie de la vie. Mais nous savons bien que depuis des décennies, la médecine se dévoie (cf. analyse du Dr Olivier Soulier dans Corruption et fraude dans la crise Covid depuis 2020). Dans tous les cas, A n’est pas égal à non-A. La vie n’est pas son contraire, la mort. Mais en matière de logique, le système totalitaire défie la loi de la gravité !
SE DÉBARRASSER DES INUTILES ?
Liliane Held-Khawam nous rappelle quant à elle que l’UE considère les ménages comme des centres producteurs de valeur ajoutée. « L’euthanasie » est donc destinée avant tout aux improductifs, c’est-à-dire aux personnes qui, non seulement ne rapportent rien en termes économiques à la société, mais représentent un coût.
Quant à Emmanuel Macron, citons-le : « Le vote par l’Assemblée nationale des textes sur le développement des soins palliatifs et l’aide à mourir est une étape importante dans le respect des sensibilités, des doutes et espoirs. Le chemin de fraternité que je souhaitais s’ouvre peu à peu. Avec dignité et humanité. »
Inutile, je crois, pour nos lecteurs, de dire que les mots ont, encore une fois, été évidés de leur sens.
« DROIT À MOURIR » ET « DROIT À TUER »
Donner un droit à mourir avec une aide extérieure suppose de donner un droit à tuer.
Les professionnels de santé se trouvent donc pris dans une injonction paradoxale : ils s’étaient engagés à servir la vie et à la soutenir de toutes les façons possibles et voilà qu’il s’agit désormais d’injecter un poison létal à un autre être humain.
Nous avons donc affaire ni plus ni moins qu’à un permis légal d’assassiner, dont l’intention cynique et malveillante est clairement identifiable aux propositions qui avaient été faites de supprimer toute collégialité dans l’examen de la demande, mais aussi dans l’éviction de l’écrit : une simple déclaration orale suffit. Or nous savons que prendre le temps d’écrire permet aussi de prendre celui de réfléchir et donc de s’assurer que tel est là bien son propre désir. En outre, un écrit aurait rassuré les proches et les familles quant au fait qu’il s’agissait bien là de la volonté de la personne. Avec la déclaration orale, nous tombons tout simplement dans l’arbitraire et les possibilités d’abus sont ouvertes à l’infini…
Il est donc désormais impossible aux proches de s’immiscer pour tenter de protéger leurs amis ou leurs parents d’une manipulation de la part d’un soignant (puisque tout se fait à huis clos, sur simple déclaration orale), ou d’une impulsion qui aurait pu retomber avec le temps. Un élan d’amour des proches et des soignants pour faire revenir au désir de vivre est maintenant qualifié de délit d’entrave !
La prévention du suicide ne signifie absolument plus rien depuis le vote de cette loi. Les psys pourront bientôt aller pointer au chômage ; cela tombe bien, le système totalitaire ne veut plus d’eux, car ils lui rappellent sans cesse que l’être humain est une vie psychique, pas un simple instrument de production temporairement utile, avant de devenir un rebut à éliminer. D’ailleurs, le système totalitaire a commencé par les remplacer avec l’intelligence artificielle. Les patients suicidaires se verront donc conseiller par l’IA de recourir à leur « droit à mourir ».
Notule. Nous constatons un déploiement considérable de troubles psychotiques liés à l’arrivée de l’IA. Si le cerveau parle à une machine, le psychisme croit, quant à lui, parler à un humain alors qu’il parle à une machine… La duperie est totale.
Ignorait-on la souffrance extrême des gens qui avaient eu une impulsion suicidaire ou qui souffraient de maladies graves et chroniques jusqu’à présent ? Bien évidemment que non : les soins palliatifs et la sédation profonde jusqu’au décès autorisaient beaucoup de choses.
Mais rien de suffisant pour cette commission parlementaire, au sein de laquelle des députés ont même envisagé d’ouvrir cet assassinat aux mineurs… Je n’ai jamais vu, en plus de vingt ans de pratique clinique, un enfant avec des idées suicidaires, à moins que cet enfant n’ait été l’objet de très graves maltraitances. Car les enfants sont l’expression même de la pulsion de vie, de la joie, pourvu qu’ils soient accueillis dans le respect de leur dimension, et non pas brimés comme c’est devenu aujourd’hui la coutume en Europe, en particulier dans le cadre scolaire.
LE DROIT NE PEUT CONTENIR EN LUI-MÊME SA PROPRE NÉGATION.
Comme je l’ai rappelé logiquement dans l’épisode Covid en 2022, le Droit ne peut contenir en lui-même sa propre négation. Nous devons revenir au sens des mots. À quoi sert le Droit ?
Il sert à protéger les plus vulnérables et à réparer les victimes. Et à protéger quoi et réparer quoi ? À protéger leur vie et leur intégrité, et à réparer leur intégrité lorsqu’elle a été lésée. À condamner le meurtre, avant toute chose, surtout le meurtre avec préméditation. Aujourd’hui, il n’est plus du tout question de protéger les plus vulnérables, mais de satisfaire un désir de mort.
Et qu’est-ce que l’on dit lorsque l’on dit «je veux mourir » ?
A-t-on réellement affaire à un désir de mort ? Ou n’a-t-on pas plutôt affaire, comme nous le savons pertinemment bien, nous les psychologues ou les psychiatres, à un désir que « ça » s’arrête ?
Mais qu’est-ce que ce « ça » ? Est-ce que ce « ça » est la vie ? Ou est-ce que ce « Ça » est une souffrance aiguë insurmontable, circonscrite à un moment donné dans la vie de quelqu’un, avec des hauts et des bas, qu’il s’agisse d’une souffrance physique ou psychique que l’individu désire voir s’arrêter ?
Nous le savons très bien quant aux raptus suicidaires lorsque, précisément, les personnes reviennent de ce geste terminal dont elles ont été empêchées par une intervention extérieure.
Je me souviens d’un patient qui avait fait un raptus suicidaire en entreprise à la suite d’un harcèlement extrêmement violent. Il en avait été sauvé in extremis, et ne cessait d’en rendre grâce tous les jours en m’expliquant qu’au moment où il avait voulu commettre l’irréparable, son discernement s’était totalement altéré. Il conservait des facultés rationnelles, et pouvait froidement expliquer les raisons de son acte, mais c’était la souffrance aiguë qui commandait, et non lui-même. Et 48 heures n’auraient jamais permis à cette souffrance de se « désaltérer », de s’abreuver à d’autres sources réconfortantes. Aujourd’hui, cet homme vit heureux dans le sud de la France.
Ce n’est pas parce que des facultés logiques sont conservées que nous ne sommes pas aux prises avec un mouvement impulsif qui risque d’être regretté plus tard.
Je me souviens aussi d’une adolescente qui faisait des tentatives de suicide régulières : est-ce qu’elle exprimait un « droit à mourir » ? Non. Elle sonnait l’alerte : « Écoutez-moi, je souffre ! Regardez-moi, je souffre ! » La demande était-elle celle d’une « aide à mourir » ? Au contraire, elle était l’expression d’un puissant désir de vivre autrement : que l’on puisse l’aider à traiter l’origine de cette souffrance (les maltraitances dont elle était victime).
J’ai donné, avec des collègues, des formations de « prévention au suicide » au sein de l’ENAP (École nationale d’administration pénitentiaire). Nous y expliquions que les suicides sont, pour la plupart, des appels à l’aide déguisés. L’individu ne voit plus de solutions pour abréger cette souffrance insupportable. Mais ce n’est pas parce qu’il ne voit plus de solutions qu’il n’y en a pas !
Est-ce que l’expression du désir de mourir ne fait pas partie de phases de la vie ? Lors de la première rupture amoureuse, lors d’un échec professionnel cuisant, lors d’un isolement trop important… Si l’on est quitté, et que l’on dit «je vais me tuer » ou «je veux mourir », est-ce que cela ne veut pas dire plutôt : «ne m’abandonne pas ?»
Quel est le sens derrière le signifiant ? Qu’est-ce qui est dit derrière les mots ? Et comme d’habitude, avec le système totalitaire, il n’y a plus d’espace psychique entre l’esprit et la lettre… Donc, il n’y a plus d’esprit !
Restent des mots froids qui signent des arrêts de mort.
Le système totalitaire, dans l’ordre capitaliste dont il est l’apogée, définit l’homme comme, au mieux, une fonction à durée limitée.
Or un homme n’est pas réductible à cette définition. Un homme est un esprit, une vie psychique. Qu’est-ce qu’une vie humaine qui n’aurait jamais été confrontée à la souffrance ?
La mère ogresse du système totalitaire nous dit désormais : « tu ne vas plus souffrir, je me charge de tout !»
Nos chemins de vie sont faits de multiples morts et renaissances, nous apprenons à perdre et à échouer, à devenir, avec la sagesse, aptes à rire de la dimension tragique de nos existences.
Jusqu’à présent, les soins étaient consacrés à aider la vie, et qu’est-ce à dire ? Soutenir la vie, c’est aider au passage, à ce mouvement de transformation de la souffrance jusqu’à la délivrance. Une vie est une série d’accouchements successifs dans la douleur. Si nous ôtons ce chemin initiatique, nous défaisons l’homme de ce qu’il est intrinsèquement.
La Passion du Christ signifie, littéralement, la souffrance. Mais une souffrance qu’il s’agit de transcender jusqu’à la résurrection. Ceux qui ont opéré cette traversée le savent : il n’y a rien de plus libérateur et initiatique pour un être humain que de parvenir à transcender ses traumatismes, sa douleur, sa souffrance. Cela exige du temps, oblige à l’humilité, fortifie la foi. Cela permet de rencontrer de l’aide, de la bienveillance et de la compassion, de tisser des amitiés indéfectibles avec des êtres loyaux. C’est le chemin spirituel de l’être humain.
Nous venons donc de voir s’ouvrir la boîte de Pandore de l’assassinat légal :
« Tu ne tueras point » était le premier commandement des Tables de la Loi…
EFFET WERTHER ET INTENTION CRIMINELLE
Avec Les souffrances du jeune Werther, Goethe avait romancé le suicide du héros, un suicide de type mélancolique en raison d’un amour impossible. « L’effet Werther » désigne aujourd’hui en psychologie la contagion des actes suicidaires par imitation. Nous risquons de vivre quelque chose de cet ordre (en Belgique, ce sont 3,6 % des décès qui ont lieu de cette manière…), surtout si l’idéologie totalitaire s’infiltre — et elle ne manquera pas de le faire — chez les enfants et les adolescents…
J’ai écrit L’Internationale nazie, car je ne voyais que la reprise du même eugénisme… Dans Le débat interdit j’avais, à l’aide d’historiens, retracé toute la politique des persécutions nazies des années 1930 pour y déceler les correspondances flagrantes avec la politique du Covid. En 1939, Hitler déploya l’Aktion T4 qui visait à offrir une mort dite « miséricordieuse » aux « malades incurables ». Cette décision précéda l’extermination de masse, et nous empruntons à toute vitesse cette voie, car elle correspond au processus logique du totalitarisme (cf. Psychopathologie du totalitarisme).
Lorsque l’on éprouve de la compassion, de la charité et de l’amour, on ne tue pas ! On aide à vivre, on aide à affronter la vie dans tout ce qu’elle a de complexe, de difficile et de souffrant.
Des handicapés eux-mêmes dénoncent la violence d’une « pression sociale à être éliminés » (écoutons Louis Bouffard, atteint de la myopathie de Duchenne, en phase « éligible » selon la loi). Confirmons enfin l’intention criminelle. Tous les amendements visant à protéger les plus fragiles du « suicide assisté » ont été rejetés : autisme, vulnérabilité psychologique, déficience intellectuelle… Ma propre conviction est faite ! Et la vôtre ? « Droit à mourir » ou « Droit à tuer » ?


