L’illusion d’un « État européen » : un projet voué à l’échec ?
Rédigé par Julien Chevalier 27 août 2025
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L’idée d’une Europe unifiée refait surface, mais dans un contexte de crise et de division. Mario Draghi, ancien président de la BCE, plaide pour un fédéralisme renforcé – une vision qui semble plus chimérique que jamais.
L’idée d’une Europe puissante existe depuis plus d’un demi-siècle et elle demeure chimérique depuis autant d’années. Pourtant, certaines voix continuent de réclamer une intégration européenne plus poussée.
Dans une récente déclaration, l’ancien Premier ministre italien et ex-président de la BCE, Mario Draghi, désormais hors de la scène politique, a réitéré son désir de voir l’Europe se constituer en « Etat ». La rentrée, comme à l’accoutumée, est l’occasion de remettre au goût du jour de vieux projets…
Mais à quoi pourrait ressembler un tel projet ? Qui en déciderait ? Les représentants de Bruxelles ? Les 27 dirigeants européens ? Ou bien les citoyens, par référendum ?
En 2005, en France et aux Pays-Bas, l’exécutif proposa la mise en place d’une Constitution européenne commune, mais la réponse fut unanimement négative. Pourtant, deux ans plus tard, le traité de Lisbonne était signé. Cette nouvelle proposition semble, encore une fois, prendre la forme d’un coup de force antidémocratique, d’autant plus qu’elle est présentée par un ancien technocrate non élu.
Les propos de Mario Draghi, prononcés devant le Parlement européen il y a quelques jours, étaient clairs : « L’Union européenne doit réformer radicalement son mode de fonctionnement afin de pouvoir se comporter comme un Etat à part entière face aux immenses défis qui l’attendent. »
Les faiblesses européennes sont évidentes pour tous : désindustrialisation, perte de compétitivité, croissance faible, fracture démocratique, divisions politiques, etc. Mais est-ce réellement en renforçant un cadre qui fonctionne déjà mal que l’on répondra à ces défis ? C’est pourtant ce que des personnalités comme Draghi suggèrent… au risque d’un naufrage collectif.
Pour comprendre ce concept d’Etat unique, il faut d’abord distinguer « deux Europe ».
La première – l’Europe culturelle qui se définit par son histoire, sa géographie, ses valeurs communes celles qu’Ernest Renan a tracées. Si elle avait perduré, cette Europe serait devenue une puissante alliance de nations aux intérêts communs, malgré des divergences multiples. Mais l’Europe d’aujourd’hui n’est plus celle-là. Elle a évolué sous l’idée que « le nationalisme, c’est la guerre », comme le disait Mitterrand, et qu’il fallait donc tout faire pour parvenir à un projet fédéral.
Or, c’est tout le contraire qui se passe aujourd’hui : l’Europe n’a jamais été aussi fédérale, mais la guerre est à ses portes, en Ukraine. Quelle illusion que cette promesse de « l’Europe de la paix » !
L’échec, partagé par tous les pays européens, est d’avoir accepté les règles (ou plutôt l’absence de règles) du marché. Cette soumission a donné naissance à la seconde Europe – l’Europe financière, politique et juridique, l’Union européenne telle que nous la connaissons, qui ne cesse de montrer ses failles.
Cette Europe n’est pas autonome : elle est sans vision, intégrée dans un système extérieur, celui de la mondialisation financière. Depuis 1945, puis les années 1980, l’économie mondiale est dictée par le marché, la libéralisation à outrance, l’ouverture à la concurrence et la quête du profit sans fin. L’Europe s’est développée sur cette voie, avec ses premiers traités économiques et politiques, puis avec le sacro-saint Traité de Maastricht et les diverses constitutions qui ont suivi.
Elle n’est que la conséquence de cette idéologie hégémonique et prédatrice, lancée au siècle dernier par les Etats-Unis (et bien avant, si l’on étudie l’histoire longue) et qui s’est ensuite étendue dans le reste du monde. Le « fédéralisme européen » s’est imposé de lui-même : l’intégration des pays européens dans la mondialisation n’a fait que pousser l’Europe à étendre ses frontières, jusqu’à 27 pays aujourd’hui. Les enjeux sont désormais européens, et non plus seulement nationaux.
De même, les richesses se sont concentrées et le pouvoir a migré du secteur public vers le secteur privé, jusqu’à faire des plus grandes entreprises, en particulier les banques, des entités « trop grosses pour faire faillite ». La voix du peuple et sa souveraineté, incarnées par l’Etat, se sont affaiblies et soumises à la volonté des grandes entreprises, dont les dirigeants naviguent d’un côté comme de l’autre pour maintenir le statu quo, comme l’illustre Mario Draghi, ancien banquier et ex-fonctionnaire d’Etat.
C’est précisément à cette Europe que fait référence Mario Draghi lorsqu’il parle de l’idée d’un « Etat européen ». C’est aussi pourquoi il propose des mesures exclusivement européennes : augmentation du budget fédéral, amélioration du marché unique, emprunts communs… Tout devient plus européen, car l’Europe est soumise à ce système hégémonique, où les nations sont vues comme des obstacles à éliminer au profit d’un grand projet unifié – peu importe les conséquences.
Mais ces « deux Europe » sont opposées. L’une évolue dans la diversité, l’autre dans la concentration. A quoi ressembleraient les pays européens s’ils partageaient les mêmes règles, symboles, politiques, citoyenneté, où il ne serait plus question de populations françaises, allemandes, italiennes, grecques, polonaises… mais simplement européennes ? Quelle langue serait parlée dans cet Etat unique ? Le seul choix possible serait l’anglais, du fait de sa portée internationale, alors même que le Royaume-Uni ne fait plus partie de l’Union européenne. Les incohérences de cette vision sont multiples.
Si l’idée d’un Etat européen revient aujourd’hui, c’est aussi parce que l’Europe actuelle, telle que nous l’évoquions, est en état de mort imminente. Elle fait partie intégrante de la mondialisation, et suit son évolution : la crise des subprimes en 2008 a entraîné la crise des dettes souveraines au début des années 2010 en Europe. Les deux ont été retardées de la même manière : par un endettement massif qui n’a cessé de croître, repoussant ainsi les conséquences à plus tard.
De plus, dans sa déclaration récente, Mario Draghi a précisé que « la réponse à la nouvelle situation autour de l’UE doit être rapide […] et se concentrer sur les secteurs qui stimuleront la croissance future ». Evidemment, avec des dettes en constante augmentation, une croissance atone ne peut que mener à un désastre financier. Pour que l’Europe survive, il est nécessaire de trouver de nouveaux relais de croissance.
La réponse la plus évidente serait donc d’investir dans des secteurs à forte croissance, comme la défense, l’intelligence artificielle, etc., afin de générer de nouveaux revenus. Mais cela ne résoudra pas le problème fondamental, car ces investissements seraient financés par la dette (et peut-être même par des emprunts communs).
Pour continuer d’exister, l’Europe ne doit pas se tourner vers plus de fédéralisme et se dissoudre dans un seul Etat. Au contraire, elle doit prendre la voie inverse et incarner un continent où chaque nation conserve sa souveraineté, dans une coopération parfaitement libre, sans déléguer le pouvoir à des autorités supranationales. Construite ainsi, l’Europe pourra rester ce qu’elle a longtemps été : une terre de cultures, de savoirs, où la raison, la philosophie et la religion s’entrelacent, un espace d’avenir unique au monde.
La grande capitulation de Bruxelles
Rédigé par Ionès Jaoulane 26 août 2025
L’Europe finance l’Amérique, tandis que nos emplois et nos investissements disparaissent.
Ce qui vient d’être décidé à Bruxelles dépasse l’entendement.
La France – et plus largement l’Europe – se retrouve piégée entre deux forces hostiles à ses intérêts : la Commission européenne et Donald Trump.
La première, censée défendre notre économie, multiplie les concessions qui affaiblissent nos industries et nos agriculteurs. La seconde, le président américain, ne fait que servir les intérêts de son pays – et il aurait tort de s’en priver. Mais lorsque Bruxelles se retrouve en position d’infériorité, ce sont nos emplois, notre indépendance énergétique et notre niveau de vie qui s’effondrent.
Derrière les slogans d’accords « historiques » et de « victoires diplomatiques », la réalité est brutale : l’Europe finance l’Amérique et se met elle-même en difficulté.
100 milliards pour… l’industrie d’armement américaine
Premier volet de cette capitulation : l’armement.
L’Union européenne a décidé de financer 100 milliards d’euros d’équipements militaires pour l’Ukraine. L’intention affichée peut sembler louable : soutenir un pays agressé et renforcer la sécurité du continent. Mais la réalité économique est tout autre : ce sont les Etats-Unis qui raflent la mise.
Les usines américaines fournissent la quasi-totalité du matériel, et au passage, elles appliquent une marge supplémentaire estimée à 10 %. Ce qui signifie que sur ces 100 milliards, 10 milliards partiront directement en surprofits pour les industriels de l’armement américain.
Résultat : des milliers d’emplois créés outre-Atlantique, zéro en Europe. Nos impôts financent des lignes de production à Houston, Dallas ou Seattle, tandis que nos arsenaux ferment et que nos chaînes industrielles s’éteignent.
Bruxelles paie, Washington encaisse.
Des droits de douane à sens unique
Deuxième volet : le commerce.
La Commission européenne s’est vantée d’avoir obtenu un « accord » fixant les droits de douane américains à 15 % sur certains de nos produits. A écouter Bruxelles, il s’agirait d’une grande avancée. En réalité, c’est une gifle diplomatique.
Car dans les faits :
- nos vins, nos spiritueux et nos produits agricoles restent lourdement taxés pour entrer aux Etats-Unis ;
- les produits américains, eux, arrivent sur notre marché avec une taxation dérisoire de 2,5 % à 3 % – et Washington exige désormais le 0 % ;
- tant que Bruxelles refuse, nos constructeurs automobiles continueront à subir des droits de 27,5 % sur leurs ventes aux Etats-Unis – un coup de massue pour l’industrie allemande, mais aussi pour les fournisseurs français intégrés à ces chaînes de valeur.
Le comble : pour nos agriculteurs, exporter vers les Etats-Unis se fait à 15 %. Pour les agriculteurs américains, exporter vers l’Europe se fait… à 0 %.
Cherchez l’erreur.
Energie et investissements : la dépendance organisée
Troisième volet : l’énergie.
L’Union européenne s’est engagée à acheter 750 milliards de dollars d’hydrocarbures américains sur trois ans. Dans le même temps, 600 milliards d’investissements européens partiront s’installer aux Etats-Unis. Pas en Europe. Pas dans nos usines. Pas dans nos infrastructures.
Ce flux de capitaux et d’achats organise une dépendance énergétique sans précédent.
Si l’on suit cette trajectoire, la part des hydrocarbures américains dans notre consommation passera de 20 % environ à 86 %. C’est une dépendance totale qui nous met à la merci de décisions politiques américaines sur les prix et les volumes.
Nous parlons souvent de souveraineté énergétique en Europe. En réalité, ce que Bruxelles met en place, c’est une vassalisation énergétique.
Une « victoire » qui n’en est pas une
Quatrième volet : la communication.
On nous répète que le Canada paie 25 % de droits de douane pour entrer aux Etats-Unis, et que nous n’en payons que 15 %. On nous présente cela comme une victoire.
Or c’est un mensonge par omission.
En réalité, l’accord nord-américain (Canada-USA-Mexique) exonère 94 % des échanges de tout droit de douane. Les 25 % ne concernent qu’une minorité de produits sensibles. Même le Mexique, pourtant en position de faiblesse, a négocié un accord équilibré qui protège ses filières clés.
Et nous, Européens ? Washington nous accorde quelques exonérations – uniquement sur les biens stratégiques dont ils ont besoin : aéronautique, robots pour semi-conducteurs, quelques technologies critiques. Pour tout le reste, c’est l’Europe qui paie.
Et Bruxelles ose présenter cela comme un succès.
La facture pour les Européens
A ce stade, résumons.
- Nous finançons l’industrie américaine.
- Nous étranglons nos agriculteurs.
- Nous pénalisons nos constructeurs.
- Nous organisons notre dépendance énergétique.
Et tout cela sous les applaudissements de Bruxelles, qui appelle cela une « avancée ».
Soyons clairs : cet accord va faire baisser le niveau de vie des Européens.
Ce n’est pas une hypothèse, c’est une certitude. Car dans chaque volet (armement, commerce, énergie), les flux financiers partent de l’Europe vers les Etats-Unis, tandis que les emplois et les investissements quittent notre continent.
L’Europe se dépouille elle-même.
Trump n’est pas notre allié
Dans ce contexte, voyons la vérité en face : Donald Trump n’est pas un ami de la France.
Etre pro-Trump, c’est être anti-France et anti-Europe. Il défend les intérêts américains avec brutalité – et c’est son droit. Il a été élu pour cela. Mais la tragédie, c’est que Bruxelles signe les deux mains attachées dans le dos.
On ne peut pas reprocher à un président américain de défendre l’Amérique. Mais on peut reprocher à la Commission européenne de trahir l’Europe.
Ce qui se joue sous nos yeux est une grande capitulation.
La Commission européenne sabote l’économie du continent en prétendant la protéger. Donald Trump ne fait que prendre ce qu’on lui offre.
Nous assistons, impuissants, à un transfert massif de richesses, d’emplois et de souveraineté vers les Etats-Unis.
La question n’est plus de savoir si cet accord est mauvais. La question est de savoir combien de temps encore les peuples européens accepteront de voir leurs intérêts sacrifiés sans réagir.
L’Eclipse de l’intelligence de l’Europe – Démocratie, par Finn Andreen
26 août 202510 min
L’Europe vit le « double problème » de la démocratie, mais elle essaie ostensiblement de sauver la démocratie à tout prix, même aux dépens de la liberté.
Dans ce quatrième article dans la série “l’éclipse de l’intelligence” de l’Europe, après avoir passé en revue les principaux problèmes économiques auxquels l’Europe est confrontée, il est temps de discuter de démocratie. C’est un sujet sensible, car les Européens sont si fiers de leurs systèmes politiques soi-disant “démocratiques”, au point où ceci est devenu presque une nouvelle religion laïque pour beaucoup de personnes, qui souffrent de cette « maladie du vide », dont parla Soljenitsyne.
La plupart des Européens, en particulier les classes moyennes supérieures, sont politiquement assez crédules. Malgré leur réputation de “sophistication”, ils ont tendance à accepter ce que disent leurs médias traditionnels (cela est devenu évident lors de la crise du Covid pour tous ceux qui encore doutaient). Ils n’ont pas autant de conscience politique qu’on pourrait le penser, mais ils ont la conviction profonde, pas vraiment réfléchie, qu’ils vivent dans en « véritable » démocratie. Pis, ils croient généralement que « l’Ouest » est la seule véritable partie démocratique du monde.
Mais il y a deux problèmes fondamentaux avec la démocratie, auxquels certains Européens commencent à s’éveiller lentement, grâce à la nouvelle sphère d’information sans précédent qu’offre Internet et ses réseaux sociaux. Le premier problème est que démocratie n’est pas liberté, et le second est que la démocratie s’auto-détruit. Pour discuter de ces deux sujets, il est inévitable de plonger un peu dans la science politique.
Démocratie n’est pas Liberté
Le premier problème pour les européens est qu’ils ont tendance à se concentrer davantage sur la démocratie que sur la liberté. Les opinions publiques européennes commettent une grave erreur en croyant que la démocratie est une condition nécessaire et suffisante pour la liberté, en particulier pour la liberté économique. Les deux sont en fait plutôt décorrélés. D’une part, la Chine a montré qu’un certain niveau de liberté et de prospérité économiques sont possibles sans démocratie (ou, du moins, sans démocratie parlementaire à l’« européenne »). D’autre part, la démocratie représentative existante en Europe n’a pas empêché une détérioration des libertés économiques et politiques sur le Vieux Continent.
Les Européens ont été tellement endoctrinés par le mantra de “démocratie”, depuis leur enfance et à travers leurs systèmes d’éducation publique, qu’ils ne voient pas que toutes les sociétés sont dirigées par une minorité, du moins pour toutes les questions importantes. Cette minorité est l’oligarchie politique et financière occidentale et elle n’accepte qu’une sorte de démocratie “pilotée”. Sont acceptables pour cette élite mondialiste uniquement les programmes politiques du status quo, qui ne s’éloignent pas de ceux des principaux partis centristes.
Sur ce point, un article récent de l’Université d’Helsinki a déploré ce que seuls quelques dissidents et libertariens ont dit jusqu’à présent à propos de la commission européenne :
L’article dit :
« À en juger par ses actions, l’engagement de la commission en faveur de la démocratie semble s’arrêter au vocabulaire et ne va certainement pas jusqu’à défendre les principes fondamentaux de la démocratie participative dans ses propres pratiques institutionnelles. »
« Dans cette vision, la démocratie est réduite au droit de se rendre dans une urne tous les cinq ans – un acte qui a un impact limité sur l’orientation future de l’Europe. »
C’est bien sûr ce que Jean-Jacques Rousseau observait déjà avec condescendance dans Le Contrat social (1762), à propos du rôle des élections. Il disait que lorsqu’il ne vote pas, ce qui est la plupart du temps, « l’individu est un esclave, il n’est rien ». Le sociologue Robert Michels notait déjà en 1911 le conflit inhérent entre la démocratie représentative et la « loi de fer de l’oligarchie » qui tend inévitablement à créer une minorité dirigeante même dans les organisations les plus démocratiques. Cette idée est également reprise par le libertarianisme et son scepticisme envers la démocratie, exprimé fréquemment sur les pages du Mises Institute.
À cet égard, le reste de l’article mentionné ci-dessus est un peu naïf, puisqu’il s’attend à ce qu’un État, ou un État supranational (UE) de surcroît, ait un instinct de démocratie et de transparence. Par exemple, il recommande de manière crédule que « la Commission devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir l’émergence d’une [sphère publique européenne informée] ». Cela nous ramène aux théories néo-marxistes de Jürgen Habermas qui relie l’idée de la sphère publique à la démocratie. Un problème avec cette théorie est que, comme le juriste allemand Carl Schmitt expliqua, compte tenu de la nature inévitablement oligarchique de tous les sociétés prétendument « démocratiques », une sphère publique réellement ouverte est une menace pour l’élite dirigeante. C’est pourquoi cette sphère publique ne peut être autorisée à exister véritablement. Il n’est donc pas surprenant que l’accès à l’information et la liberté d’expression soient aujourd’hui remis en question en Europe.
Même The Economist le reconnaît
En effet, les États n’ont manifestement aucun intérêt à aller à l’encontre de leurs propres intérêts. Le comportement autoritaire et coercitif vu chez la Commission européenne et au Royaume-Uni , en France et en Allemagne, est donc tout à fait compréhensible et tout à fait prévisible (et tout à fait inacceptable!) pour celui qui connaît les idées ci-dessus. C’est n’est qu’une surprise que ce soit une telle surprise pour tant d’Européens. En effet, les majorités européennes devraient rapidement abandonner l’idée de « l’État bienveillant ».
Ainsi, lorsque l’information devient disponible dans la société comme elle l’est maintenant à un degré sans précédent, les institutions de l’État ne défendront pas par principale la société « démocratique » et ouverte, car cela signifie mettre en péril le narratif qui maintient la minorité dirigeante au pouvoir. Comme le disait déjà au XVIème De la Boëtie, les dirigeants politiques doivent s’assurer de la servitude volontaire des citoyens. En d’autres termes, les restrictions de la liberté d’expression et l’éventuel « ajustement » du processus électoral seront toujours préférés, lorsque la situation menace de devenir incontrôlable sur le plan politique ou économique. Ceci devient clair en Europe aujourd’hui. Comme le journaliste Thomas Fazi écrit « la démocratie occidentale est menacée… de ses propres élites”.
La démocratie se détruit elle-même
Le deuxième problème pour les Européens en ce qui concerne la démocratie, c’est que trop peu de personnes en Occident se rendent compte que la démocratie se détruit elle-même. Il introduit dans la société un tragédie des biens communs. Les océans peuvent être surpêchés au détriment de ceux mêmes qui sont responsables de cette surpêche. De la même façon, dans les démocraties, la majorité souvent ne souhaitent pas des réductions de dépenses publiques malgré les signes évidents de paupérisation et d’inefficacité de la bureaucratie dont eux-mêmes nuisent. La majorité a tendance à voter pour de nouvelles expansions de l’État-providence, ce qui conduit à une augmentation de la fiscalité et de la redistribution, ce qui, à son tour, étouffe l’économie et nuit à ces mêmes électeurs.
Les conséquences néfastes à long terme de telles politiques pour l’électeur ne sont pas “vues”, pour paraphraser Bastiat, ou elles ne sont pas comprises. Et la charge fiscale de l’individu est perçue comme étant inférieure à la valeur reçue de l’État (subventions, allocations, pensions, etc.), c’est à d’autres contribuable actuels (impôts) ou futurs (dettes).
Cela conduit à une situation dans laquelle tous les partis politiques font des promesses qui vont étendre les services sociaux, ou du moins ne pas les réduire, ce qui augmente inévitablement la taille et l’endettement de l’État, créant ainsi une crise. L’immigration de masse exacerbe évidemment ce processus, puisque l’immigré pauvre typique en Occident a tout à gagner et rien à perdre par une telle stratégie électorale.
L’idée que la démocratie, et en particulier la démocratie représentative, est contre-productive pour le bien-être de la société existe depuis le XIXème siècle, lorsque les premiers effets de ce système sur la société ont commencé à se faire sentir, chez des observateurs perspicaces comme le sociologue Robert Michels et l’historien italien Gaetano Mosca. Ce n’est pas un hasard si la croissance spectaculaire de l’État a commencé à peu près en même temps que l’avènement du suffrage universel.
La prochaine décennie sera difficile socialement et économiquement pour les populations européennes si elles ne prennent pas les choses en main politiquement et n’affirment pas leur volonté et leur liberté, en utilisant non seulement les urnes de manière « démocratique », passive et habituelle, mais en exerçant une pression publique significative en utilisant tous les moyens disponibles (manifestations de masse, médias sociaux, mouvements populaires). Mais pour cela, il faut d’abord que les causes profondes des maux économiques et politiques européens soient clairement comprises, au moins par une large minorité. Que ceci ait lieu est peut-être trop demander, sans passer d’abord par une crise qui injecterait un peu de conscience politique aux masses endormies, qui ont adhéré au modèle interventionniste étatiste européen depuis si longtemps.
Sauver la « démocratie » à TOUT prix
Ce « double problème » de la démocratie, qui couvait depuis longtemps, a maintenant atteint un point critique. Bien que les élites politiques européennes continuent de faire de beaux discours en faveur des « valeurs européennes » telles que la « liberté » et la « démocratie », ces valeurs sont aujourd’hui ouvertement rejetées par ces mêmes élites, comme si le fait de contrôler les Européens était devenu plus important que de les tromper. L’élite politique et financière de l’Europe fait tout son possible pour empêcher tout parti politique de prendre le pouvoir qui ne s’en tient pas au programme interventionniste mondialiste existant, que ce soit de « gauche » ou de « droite », comme le montre l’ Allemagne, la France, et la Roumanie .
Même le sage Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a dressé une liste d’accusations sévères, mais complètement justifiées, à l’encontre des puissances européennes. Il les a accusés de :
« Agir en dehors de la loi, de violer leurs propres lois déclarées d’égalité, d’aller à l’encontre des principes de la concurrence loyale, de ne pas respecter la présomption d’innocence, de ne pas respecter la propriété privée, de ne pas respecter la liberté d’expression, d’entraver la liberté d’accès à l’information, de violer le droit international et de soutenir et d’encourager les idéologies “nazies” tant en Ukraine qu’à l’étranger. »
Mais une critique aussi pertinente de l’Europe n’est pas venue que de l’Est, mais aussi de l’Ouest ; la meilleure expression vient de J.D. Vance, le vice-président américain. Le discours de Vance lors de la conférence de Munich sur la sécurité en 2025, mettait en garde spécifiquement contre le déclin progressif des protections de la liberté d’expression en Europe, notamment en prenant l’exemple de la loi sur les services numériques de l’UE (la DSA):
« Aujourd’hui, pour beaucoup d’entre nous de l’autre côté de l’Atlantique, ça ressemble de plus en plus à de vieux intérêts retranchés, qui se cachent derrière des sales mots de l’ère soviétique comme « désinformation », et qui n’aiment tout simplement pas l’idée que quelqu’un avec un point de vue différent puisse exprimer une opinion différente, ou, Dieu nous en préserve, voter d’une manière différente, ou, pire encore, gagner une élection. »
Compte tenu de toutes les preuves qui ont été rendues public, les commentaires de Lavrov et de Vance ne semblent pas exagérés et soulignent la nécessité urgente d’un redémarrage politique complet en Europe. En fait, c’est aux peuples d’Europe (ou du moins aux principaux partis d’opposition) de porter de telles accusations contre les gouvernements et les bureaucraties actuellement au pouvoir, et non pas (seulement) au ministre des affaires étrangères de Russie ou le vice-président des États-Unis de le faire !
Le parti AfD en Allemagne a porté ces critiques dans une certaine mesure, mais en général, l’autocritique est beaucoup trop timide dans les cercles européens. Cela témoigne encore d’un manque de compréhension politique des changements importants qui sont en train de se produire. Peut-être que seule une défaite stratégique et une humiliation pour les dirigeants européens en Ukraine, couplée d’une crise économique à l’échelle du Vieux Continent pourraient, peut-être, déclencher un mea culpa bien nécessaire. Cela pourrait être le point le plus bas pour l’Europe, politiquement et socialement, mais qui pourrait aussi apporter une renaissance.
Que faire ?
Ce n’est donc pas plus de “démocratie” qui est nécessaire, mais plus de liberté : un Etat plus petit, avec moins de pouvoir politique, plus de prise de décision locale et un programme profond de libéralisation, afin de mettre dans des mains privées efficaces ce qui se trouve dans des mains publiques inefficaces. Si le centre de l’UE était réduit à sa taille et n’avait magiquement que le pouvoir qu’il avait, disons, le 1er janvier 1958 (lors de l’entrée en vigueur du traité de Rome, qui a créé la Communauté Economique Européenne) qu’importerait-il si elle n’était pas « démocratique » et transparente, puisqu’elle n’aurait alors aucune influence sur les sociétés européennes locales ? Si les États européens étaient dépouillés de leur pouvoir institutionnel, de leur portée réglementaire et de la pression fiscale qu’ils sont capables d’exercer aujourd’hui, et qu’ils retrouvaient, comme par magie, la taille et le statut qu’ils avaient, disons, en 1900 ; alors qu’importerait-il s’ils n’étaient pas « démocratiques » ?
En effet, ce n’est pas une coïncidence si la demande de « démocratie » a augmenté alors que l’État commençait à accumuler de plus en plus de pouvoir dans la société. De plus, c’est au cours de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale que les États d’Europe se sont énormément développés et ont acquis des pouvoirs de contrôle sur la société qu’ils n’avaient jamais eus auparavant. Le fait que cette accumulation de pouvoir ait eu lieu principalement par la guerre est un signe de la cruauté de cette croissance. Les choses ne sont jamais complètement redevenues « normales » à chaque fois que la paix est revenue, comme l’a expliqué Robert Higgs dans son important livre, Crise et Léviathan.
La solution est donc claire. Le problème est de savoir comment y parvenir, compte tenu du chemin parcouru par l’Europe sur la voie de l’autoritarisme, de l’étatisme et du néo-keynésianisme. C’est cette transition elle-même qui est compliquée, pour toute plusieurs raisons. Comme nous l’avons mentionné, un tel changement pourrait probablement nécessiter une crise profonde, à la fois économique et politique, accompagnée d’une pression forte de l’opinion publique en faveur d’un changement radical vers la liberté. La « bonne » nouvelle, s’il y en a une, c’est que cette crise est peut-être déjà en route.


