La Chine accélère sur la fusion nucléaire : un centre colossal dévoilé par satellite
Les récentes images satellites révèlent que la Chine construit un centre de fusion nucléaire gigantesque à Mianyang. Cette installation dépassera de 50 % la taille du National Ignition Facility américain, bouleversant l’équilibre mondial dans ce domaine stratégique. Quelles conséquences cette avancée technologique majeure aura-t-elle sur la recherche énergétique et la géopolitique internationale
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La Chine franchit un cap décisif dans sa quête de leadership technologique avec la construction d’un immense centre de fusion par laser. Dévoilé par des images satellitaires, ce projet titanesque à Mianyang illustre l’ambition chinoise de surpasser les États-Unis dans ce domaine stratégique. Alors que la fusion nucléaire représente un enjeu crucial tant pour l’énergie civile que pour les applications militaires, cette installation soulève des questions fondamentales sur l’équilibre des puissances mondiales et l’avenir de la recherche énergétique.
Une ambition chinoise sans précédent dans la fusion nucléaire
Les dimensions du nouveau centre chinois de fusion par laser impressionnent les experts internationaux. D’après les analyses des images satellites relayées par Reuters, l’installation de Mianyang est conçue pour être 50 % plus imposante que le National Ignition Facility (NIF) californien, référence mondiale actuelle. Cette différence d’échelle traduit clairement la volonté chinoise de prendre l’ascendant technologique sur les États-Unis.
La technologie de fusion par laser représente l’une des voies les plus prometteuses vers une énergie propre et quasi illimitée. En focalisant des faisceaux laser ultrapuissants sur des cibles d’isotopes d’hydrogène, les scientifiques tentent de reproduire les réactions qui alimentent les étoiles. Le centre chinois intègrera des baies laser ultramodernes et une chambre cible de grande dimension, éléments essentiels pour maîtriser ce processus complexe.
Cette installation s’inscrit dans une stratégie nationale cohérente. Depuis plusieurs années, la Chine investit massivement dans les énergies d’avenir, cherchant à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles tout en développant une expertise scientifique de premier plan. Ce centre de fusion pourrait devenir la pièce maîtresse de cette stratégie énergétique à long terme.
Implications militaires et sécuritaires de la fusion par laser
Au-delà des applications civiles, ce centre suscite des préoccupations sur le plan militaire. Decker Eveleth, chercheur à la CNA Corp, souligne la dualité intrinsèque de cette technologie. La fusion par laser permet par suite de simuler avec précision des réactions thermonucléaires, offrant des données précieuses pour le développement et la modernisation d’arsenaux nucléaires sans réaliser d’essais grandeur nature.
Le parallèle avec le National Ignition Facility (NIF) américain est révélateur. Cette installation californienne sert officiellement à la recherche énergétique, mais contribue également au programme de maintenance des armes nucléaires américaines. La nouvelle structure chinoise pourrait similairement permettre aux scientifiques de Pékin de concevoir des ogives plus sophistiquées et efficaces, renforçant ainsi la position stratégique du pays.
Cette dimension militaire potentielle explique l’attention particulière que portent les puissances internationales à ce projet. Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, notamment autour de Taïwan et en mer de Chine méridionale, cette avancée technologique pourrait modifier les équilibres stratégiques régionaux et mondiaux.
Une compétition scientifique aux enjeux planétaires
Le développement de ce centre témoigne d’une intensification de la rivalité scientifique entre grandes puissances. Si le NIF américain a réalisé en 2022 une percée historique en produisant plus d’énergie qu’il n’en consommait lors d’une expérience de fusion, la Chine cherche manifestement à franchir de nouvelles frontières dans ce domaine. Cette émulation peut accélérer les progrès scientifiques, mais soulève également des questions sur la coopération internationale.
Les autres nations disposant d’installations similaires – France, Royaume-Uni, Russie – observent attentivement cette montée en puissance chinoise. La course à la fusion pourrait redessiner la carte mondiale de l’énergie dans les décennies à venir, offrant à ceux qui maîtriseront cette technologie un avantage considérable tant économique que géopolitique.
Face à cette nouvelle donne, la communauté scientifique s’interroge sur l’équilibre entre compétition et collaboration. Si la rivalité stimule l’innovation, les défis posés par la fusion nucléaire sont tels qu’une approche concertée pourrait accélérer les avancées bénéfiques pour l’humanité tout entière.
Vers un nouvel ordre énergétique mondial
L’investissement massif de la Chine dans la fusion nucléaire illustre sa vision stratégique à long terme. En développant cette technologie potentiellement révolutionnaire, Pékin ne vise pas seulement l’indépendance énergétique mais aussi une position dominante dans le paysage énergétique du futur.
Les conséquences de cette avancée dépassent largement le cadre scientifique. Si la Chine parvient à maîtriser la fusion nucléaire avant ses concurrents, elle pourrait dicter les termes du marché énergétique mondial et exercer une influence considérable sur les politiques environnementales internationales. Cette percée technologique s’inscrit ainsi dans une vision globale où puissance scientifique, économique et géopolitique sont intimement liées.
Le gigantesque centre de fusion nucléaire chinois symbolise l’émergence d’un monde multipolaire où la maîtrise des technologies de pointe devient le véritable marqueur de puissance. La façon dont les autres nations réagiront à cette initiative déterminera largement l’avenir de la recherche sur la fusion et, plus largement, les relations internationales dans un domaine devenu hautement stratégique.
Ce qui va vraiment changer le monde : la percée chinoise dans le domaine de l’énergie nucléaire
Publié le mai 2, 2025 par Wayan
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Par Hua Bin – Le 19 avril 2025 – Son blog

Alors que le monde est sous le coup de la guerre commerciale en dents de scie lancée par la star de la télé-réalité, Donnie Trump, et que les gens s’émerveillent de la capacité de destruction pure et simple d’un homme fou et stupide, un événement véritablement capital vient de se produire en Chine.
Au début du mois d’avril, des scientifiques chinois ont franchi une étape importante dans le domaine des technologies énergétiques propres en réussissant à ajouter du combustible neuf à un réacteur opérationnel à sels fondus au thorium, le premier de ce genre au monde. Cette percée marque l’arrivée d’un réacteur nucléaire au thorium commercialement viable dans le futur bouquet énergétique de la Chine.
Le thorium est une solution beaucoup plus sûre et plus abondante que l’uranium pour l’énergie nucléaire, car il est largement disponible, son extraction est moins coûteuse, sa densité énergétique est plus élevée et il produit beaucoup moins de déchets nucléaires de longue durée.
Il est beaucoup plus sûr que l’uranium car il n’est pas fissile en soi et ne peut donc pas être utilisé à des fins militaires. Les experts de l’industrie nucléaire considèrent le thorium comme le Saint-Graal de la future révolution énergétique, après la fusion nucléaire, que j’évoquerai brièvement à la fin.
Le thorium se trouve en quantité abondante dans la croûte terrestre partout dans le monde. Une seule mine en Mongolie intérieure chinoise, la mine Bayan Obo, possède suffisamment de gisements de thorium pour répondre théoriquement aux besoins énergétiques de la Chine pendant les 20 000 prochaines années, tout en produisant un minimum de déchets radioactifs.
L’orientation technologique la plus prometteuse consiste à utiliser le thorium dans des réacteurs à sels fondus. Alors que de nombreux pays cherchent à développer cette technologie, la Chine est la première à avoir construit un réacteur expérimental à sels fondus au thorium.
La dernière percée, qui a permis d’ajouter du combustible neuf à un réacteur opérationnel, indique que cette technologie est prête pour un déploiement commercial durable.
Il s’agit de la première exploitation stable à long terme de cette technologie, ce qui place la Chine à l’avant-garde de la course mondiale à l’exploitation du thorium pour la production d’énergie nucléaire.
Le réacteur expérimental, situé dans le désert de Gobi, à l’ouest de la Chine, utilise des sels fondus comme support de combustible et agent de refroidissement, et le thorium comme source de combustible. Le réacteur est conçu pour produire durablement 2 mégawatts d’énergie thermique.
Ce développement a été annoncé par le scientifique en chef du projet, Xu Hongjie, à l’Académie chinoise des sciences le 8 avril. Xu a déclaré que la Chine « est désormais à la pointe de la technologie nucléaire du thorium au niveau mondial ».
Le projet chinois de réacteur à sels fondus au thorium a débuté dans les années 1970 par des recherches théoriques et, en 2009, la direction de la CAS a chargé Xu de faire de cette technologie de pointe une réalité.
L’équipe du projet est passée de quelques dizaines de membres à plus de 400 chercheurs en l’espace de deux ans.
« Nous avons appris en faisant et fait en apprenant », explique Xu. Les défis étaient immenses : conception de nouveaux matériaux, dépannage en cas de températures extrêmes et gestion de composants d’ingénierie qui n’avaient jamais été construits auparavant.
Après le début de la construction du réacteur expérimental en 2018, la plupart des scientifiques impliqués dans le projet ont renoncé à leurs vacances – ils ont travaillé jour et nuit, et certains sont restés sur place plus de 300 jours par an. Le désert de Gobi est situé à des milliers de kilomètres des grandes villes côtières.
En octobre 2023, le réacteur a été construit et a atteint la criticité, c’est-à-dire une réaction nucléaire en chaîne soutenue. En juin 2024, il fonctionnait à pleine puissance.
Au début de cette année, le processus de rechargement du combustible au thorium a été achevé pendant que le réacteur fonctionnait, ce qui en fait le seul réacteur au thorium opérationnel au monde.
« Nous avons choisi la voie la plus difficile, mais ce fut la bonne », a déclaré Xu, en faisant référence à la volonté de trouver une application dans le monde réel plutôt qu’une recherche purement académique.
Un réacteur à sels fondus au thorium beaucoup plus important est déjà en cours de construction en Chine et devrait atteindre la criticité d’ici 2030. Ce réacteur de recherche est conçu pour produire 10 mégawatts d’électricité, soit suffisamment pour alimenter 10 000 foyers pendant un an.
Une entreprise publique chinoise de construction navale a également dévoilé un projet de porte-conteneurs fonctionnant au thorium, qui pourrait permettre un transport maritime sans émissions de CO2.
Pendant ce temps, les efforts des États-Unis pour développer un réacteur à sels fondus sont restés au niveau théorique, malgré le soutien bipartisan du Congrès et les initiatives du ministère de l’énergie.
Selon Xu, « dans le domaine nucléaire, il n’y a pas de victoire rapide. Il faut faire preuve d’endurance stratégique, en se concentrant sur un seul sujet pendant 20 ou 30 ans ».
Outre les réacteurs au thorium, la Chine est à la pointe du développement de la technologie de la fusion nucléaire (par opposition à la technologie actuelle de la fission), qui pourrait déboucher sur une énergie sans carbone, quasi illimitée et propre. La fusion est le mode d’alimentation du soleil et génère quatre fois plus d’énergie que la fission.
Au cœur de cette révolution de la fusion se trouve le tokamak, un dispositif en forme de beignet conçu pour contenir un plasma surchauffé à l’aide de puissants champs magnétiques. En reproduisant les conditions du soleil, où les atomes d’hydrogène fusionnent en hélium, les tokamaks permettent de libérer d’énormes quantités d’énergie.
La Chine est à la pointe du développement mondial de la fusion nucléaire. Récemment, la Chine a franchi plusieurs étapes importantes dans la recherche sur la fusion, notamment la mise au point d’un réacteur de fusion nucléaire.
– Le tokamak supraconducteur expérimental avancé (EAST), surnommé « soleil artificiel » en Chine, a établi un nouveau record en janvier 2025. Le projet est basé à Hefei et géré par l’Académie chinoise des sciences (CAS), le plus grand institut de recherche scientifique au monde.
EAST a maintenu un plasma à haut confinement pendant 1 066 secondes, dépassant le précédent record mondial de 403 secondes. Il s’agit d’une étape cruciale vers des réactions de fusion soutenues, nécessaires à la production pratique d’énergie.
– Le tokamak HL-2M, situé à Chengdu, est le tokamak le plus grand et le plus avancé de Chine. Il a réalisé la première décharge de plasma et des paramètres de plasma élevés, capables de produire des températures de plasma supérieures à 200 millions de degrés Celsius et des courants de plasma de plus de 2,5 millions d’ampères, essentiels pour des réactions de fusion efficaces.
– Le tokamak HH70, développé par la société privée Energy Singularity, basée à Shanghai, se distingue par l’intégration d’aimants supraconducteurs à haute température fabriqués à partir de REBCO (oxyde de cuivre et de baryum de terres rares). Cette technologie de pointe permet de réduire considérablement la taille et le coût des tokamaks conventionnels, ouvrant ainsi la voie à une énergie de fusion plus accessible et plus commerciale.
Energy Singularity prévoit de construire un tokamak de nouvelle génération d’ici 2027 et un démonstrateur technologique à grande échelle pour la réaction nucléaire de fusion d’ici 2030.
Bien que la viabilité commerciale reste la dernière frontière, des percées comme EAST et HH70 témoignent des progrès considérables réalisés pour faire de la fusion nucléaire une solution énergétique pratique.
Tous les bruits autour des taxes douanières et des guerres commerciales mis à part, la technologie est en fin de compte la vraie voie du développement humain et de la prospérité. Surveillons cela de près.
Hua Bin
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.


